L'informaticien de Tallinn ne rêve plus de la Suisse
techno - 24 sept 2005
- Reportage: Laurent Burkhalter
- Montage: Sandro Milone
Bienvenue à Tallinn, la Silicon Valley de l'Est. En quelques années, la capitale estonienne est passée de l'ère soviétique à l'ère informatique. Les start-up et les multinationales comme Skype s'y bousculent. Reportage chez un Suisse qui ne rêve pas vraiment de rentrer au pays.
Nous sommes à Vanalinn, la vielle ville de Tallinn. Oliver Wihler sort de son 4x4 et s'apprête à payer son parking. Il plonge sa main dans sa poche, pas pour chercher de la monnaie, mais pour saisir son téléphone portable. Ici, en Estonie, les mobiles ont remplacé les parcomètres. Le coût d'un sms surtaxé s'additionne simplement à sa facture téléphonique à la fin du mois. Ce n'est pas la seule possibilité de micro-paiement par mobile. Les Estoniens peuvent également acheter leur billet dans les transports publics et régler leur factures dans certains bars par sms.
Tallinn, la capitale de l'Estonie, est une véritable Silicon Valley de l'Est.96 % des Estoniens ont un téléphone portable, c'est plus qu'en Suisse, où la proportion n'atteint que 87 %, selon l'Union internationale des télécom. Le Wifi est omniprésent : une carte officielle répertorie plus de 600 bornes publiques à travers le pays. Enfin, 52 % des habitants utilisent Internet régulièrement, plus qu'en France. Pas étonnant que les start-up comme les plus grandes entreprises informatiques s'y bousculent.
Des loyers 4 fois moins chers (là, sauf si on parle de loyers commerciaux, je demande à voir)
Oliver Wihler est Zürichois. Après avoir découvert Tallinn il y a 5 ans comme simple touriste, cet informaticien tombe amoureux du pays et fonde une start-up. «Les gens ici sont passionnés par leur métier, ils n'ont pas peur de tester des choses nouvelles», explique Olivier, «il n'y pas trop de bureaucratie : j'ai l'impression qu'en Suisse, on est moins flexible.» Le coût de la vie et la simplicité du système fiscal le séduisent également. Les loyers sont 4 fois moins chers. L'impôt sur le revenu est à taux fixe : 26 %.
Dans ce climat, Aqris Software, la start-up d'Oliver Wihler, prospère. L'année dernière, elle a reçu le prix de la meilleure PME d'Estonie et a réalisé un bénéfice de 600 000 francs. Oliver emploie une trentaine d'informaticiens dont la spécialité est la programmation java. Certains viennent des Etats-Unis, d'Australie et d'Espagne. Leur salaire est d'environ 4000 francs suisses brut. L'ambiance de travail est positive, selon Oliver. «Le taux de renouvellement du personnel est très bas», explique-t-il «l'un de mes employés est parti pour travailler à New York, mais il est très vite revenu !»
Le berceau de Skype
A l'autre bout de la ville, près de l'université, on trouve une success story à une autre échelle: celle de Sykpe. C'est ici que la star de la téléphonie sur Internet a choisi d'installer ses ingénieurs. Plus d'une centaine d'informaticiens y travaillent. Aucune enseigne sur les murs, skype travaille dans le plus strict anonymat. Skype symbolise la réussite de l'Estonie, surtout depuis l'annonce de son rachat par le géant EBay pour 5 milliards de francs. «Travailler chez Skype, c'est le rêve», explique Sten Tamkivi. «Mon job ici a un impact global, puisque nous avons plus de 50 millions d'utilisateurs dans le monde». A 27 ans, il vient d'être nommé directeur régional de Skype.
Les Estoniens expliquent, mieux que quiconque, l'engouement de ces entreprises pour leur pays. «Si l'ère soviétique nous a laissé quelque chose de positif, c'est bien l'éducation », observe Sten. «Nous avons beaucoup de personnes compétentes en mathématiques, en physique et en informatique.» Le patriotisme également, explique la réussite des Estoniens. «La fierté nationale est très importante pour moi» déclare Toomas Talts, informaticien. «Mon travail améliore l'économie estonienne».
Des fonctionnaires technophiles
La réussite du secteur privé doit beaucoup à l'état. Depuis l'indépendance de l'Estonie en 1991, le gouvernement a fait de l'adoption des technologies de l'information une priorité. « Nous ne disposons pas de ressources naturelles, il est donc vital que nous soyons une société basée sur le savoir » explique Arvo Ott, responsable au Ministère des Communications. L'état a construit une infrastructure dernier cri pour communiquer avec ses citoyens. Depuis 2001, la carte d'identité permet d'accéder au portail qui regroupe toutes les bases de données de l'administration. En quelques clics, le citoyen peut voir ce que l'état sait sur lui. Le papier est devenu ringard : 60 % des Estoniens remplissent leurs impôts en ligne. «Les membres de notre gouvernement juste après l'indépendance avaient en moyenne 35 ans», se souvient Arvo Ott, «cela a probablement favorisé le développement d'une cyberadministration!».









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